De nos jours cette situation serait inacceptable...

Alexandre Dumas
Alexandre Dumas dînait souvent en ville, surtout vers 1860, époque de sa pleine gloire.
Invité chez des admirateurs, qui avaient réuni à table une quinzaine d`amis, fort honorés de ce repas hors du commun, le voici qui arrive en retard, alors que tout le monde l`attend impatiemment.
Sa personne respire l`ostentation et le mauvais goût : il est habillé en rouge et vert, couvert de bijoux. Il est énorme et remue beaucoup d`air. Il dit à peine bonjour et se précipite à la cuisine, met le nez dans les casseroles, chantonne, rit, donne des recettes exotiques : daube de pied d`éléphant, rôtis d`ours !
Quelquefois, il met la main à la pâte…sans oublier de pincer les fesses de la cuisinière !
Le voilà revenu à la table, il parle haut, gesticule, dévore, caresse les seins de la bonne, donne un louis d`or de pourboire au maître d`hôtel, parle, raconte, narre, bref, ne laisse la parole à personne.
Au bout de trois ou quatre heures, il abandonne ses hôtes et leurs amis, épuisés. Sans complexes, il confie à son cocher : »On m`avait dit que ces gens étaient des raseurs ; heureusement que j`étais là, sans quoi je me serais ennuyé à périr ! »
Extrait du livre ''Petites histoires des mots que l'on mange '' de Robert Henry
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